Interview d’un mauvais payeur

Bonjour, pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Je m’appelle Robert Patulacci, j’ai 42 ans et je suis gérant d’une petite supérette dans la région lyonnaise.

Qui sont vos fournisseurs, mis à part tout ce qui touche à l’alimentaire, aux boissons et aux différents produits que l’on peut trouver dans les rayons ?

Eh bien, je bosse avec des frigoristes, des chauffagistes, des peintres, des électriciens, des plombiers, des transporteurs, des agences d’intérim… bref, tous les corps de métier dont a besoin un commerce pour faire tourner la boutique et la logistique.

Et bien sûr, je fais aussi parfois appel à des experts-comptables, des agences marketing…

Vous avez la réputation d’être un très mauvais payeur, est-ce vrai ?

Disons que je ne paye mes fournisseurs que lorsqu’ils ne m’en laissent pas le choix. Je ne suis pas malhonnête, je profite juste des failles et de leurs négligences.

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Vous avez un exemple ou deux à nous donner ?

Oh, j’en ai un paquet !

Il y a 2 mois, j’ai eu un problème avec mes congélateurs. Ils se sont arrêtés de tourner d’un coup, en plein rush. Le magasin était bondé et on était en pleine canicule. Gros coup de stress ! Si personne ne me remettait les machines en marche dans les deux heures, je devais foutre à la poubelle pour plus de 2 000 balles de marchandise ! Sans compter les clients qui seraient allés voir ailleurs.

Du coup, qu’avez-vous fait ?

A ton avis ? J’ai appelé un frigoriste qui opère dans une petite ville, pas loin du magasin. Il a été sympa et réactif : il m’a envoyé un technicien dans l’heure. Le gars m’a tout remis en ordre, c’était du bon boulot : rapide et efficace !

Et vous l’avez payé ?

Bah non, quelle question !

Pourquoi ?

Parce que le technicien a commis une erreur : il est parti sans me faire signer de bon d’intervention. Il était tellement pressé d’aller voir son prochain client, qu’il s’est échappé comme un voleur.

Sa comptable ne vous a pas réclamé le paiement par la suite ?

Oh, si, mais timidement. Quand elle m’a demandé de lui payer la facture de dépannage, je lui ai répondu : « Pas de problème, à condition que vous me transmettiez le bon d’intervention signé par mes soins ! »

Et ensuite ?

Elle était embarrassée. Elle m’a dit qu’elle allait essayer de le retrouver. Depuis, je n’ai jamais eu de nouvelle de leur part.

Que s’est-il passé à votre avis ?

Toujours le même scénario : ils ont dû classer mon dossier ou faire un avoir en interne pour annuler ma facture. Ils savent très bien que sans un justificatif contractuel signé, ils ne peuvent rien faire.

C’est-à-dire ?

Bah, c’est comme pour un meurtre, si je peux me permettre : si t’as pas de preuve, tu peux pas condamner le suspect ! C’est le principe de la justice, du moins en démocratie.

En clair, c’est comme si le technicien n’était jamais intervenu chez vous et que vous ne lui aviez jamais rien demandé ?

C’est ça ! Pas de contrat, pas de chocolat ! Certains de mes fournisseurs ayant commis la même bourde ont essayé de me poursuivre en justice. Bien mal leur en a pris : le juge les a systématiquement déboutés, et parfois, il les a même condamnés à me payer des indemnités pour procédures abusives (rires).

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Un autre exemple ?

Il y a 2 ans, mon magasin avait besoin d’un petit coup de neuf. Vous savez, avec toute cette nouvelle concurrence, les Carrefour Market, Monop’ et compagnie, t’as intérêt à rester dans le coup. Les clients, ils veulent du Bio, de belles couleurs et une ambiance agréable. L’époque des épiceries vieillottes et bordéliques, c’est terminée !

Alors, j’ai fait appel à une petite agence spécialisée dans la déco. C’était un petit nouveau, enfin, une petite nouvelle, une auto-entrepreneuse, je crois. La fille était sympa, elle avait plein d’idées : elle a fait le design, s’est occupée de trouver les ouvriers pour la peinture… Bref, elle a tout fait de A à Z. Un super job !

J’imagine que cela ne vous a rien coûté ?

Bien vu ! Des clopinettes ! Un magasin tout neuf et tout pimpant pour le prix d’un appel téléphonique.

Vous ne culpabilisez pas un peu des fois ? Surtout dans ce cas précis. Une jeune auto-entrepreneuse qui se lance et qui se fait planter dès le début de son activité, c’est un coup à déposer le bilan.

Je sais, mais ce ne sont pas mes affaires. C’est elle qui a merdé, pas moi.

Expliquez-vous…

Bah, la fille m’a envoyé un devis par e-mail. Mais au lieu de le lui renvoyer signé, je lui ai juste passé un coup de fil. Je lui ai dit que c’était OK, que j’acceptais ses conditions.

C’est tout ?

Non, elle m’a dit que je devais absolument signer le devis, qu’elle en avait besoin.

Et ?

Et je lui ai joué la carte du coup de pression : j’ai commencé à m’énerver gentiment. J’ai fait le mec outré : « Quoi, vous ne me faites pas confiance ? » Je lui dis que c’était urgent, que c’était mon boss (imaginaire) qui devait signer les documents et qu’il était en voyage en Thaïlande pour 3 semaines. Puis je l’ai achevée :

« Soit vous commencez les travaux cette semaine, soit je vais voir ailleurs ».

La pauvre, elle était tellement sous pression qu’elle a craqué. J’étais son premier gros client et elle n’a pas voulu prendre le risque de me perdre.

Comment cela s’est-il terminé ?

Comme d’habitude. Quand elle m’a relancé par e-mail pour me réclamer le paiement de sa prestation, je lui ai répondu que je ne pouvais rien faire pour elle : aucun devis n’avait été signé et de ce fait, mon boss refusait catégoriquement de payer quelque chose qu’il n’avait jamais commandé.

Ça s’est arrêté là ?

Elle a tenté de me menacer. Elle m’a dit qu’elle allait lancer une injonction de payer à mon encontre si je ne la payée pas dans les 7 jours. Je lui ai souhaité bonne chance et basta !

J’ai su plus tard, par un ami, qu’elle avait demandé conseil à un avocat. Le type lui a dit qu’il ne pouvait rien faire, car il n’y avait aucune preuve contractuelle. Elle a flippé et a préféré abandonner.

C’est dégueulasse quand même, non ?

C’est pas moi qui le suis, mon ami, c’est la vie ! A chacun son boulot !

Que les gens prennent leurs responsabilités.

Quand on est un entrepreneur sérieux, on fait bien les choses. Je ne fais que profiter des faiblesses et de l’incompétence de mes gentils fournisseurs. Ça leur servira de leçon pour la prochaine fois. Je les éduque !

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Mais il vous arrive parfois de tomber sur des entreprises plus méticuleuses qui vous obligent à signer les documents contractuels avant d’intervenir, non ?

Bien entendu ! Ils ne sont pas tous nés de la dernière pluie !

Vous les payez, donc ?

Ça dépend… Je ne paye que ceux qui ont une bonne stratégie en termes de recouvrement de créances.

Par exemple ?

Eh bien, en janvier dernier, j’ai passé commande à deux agriculteurs Bio de la région. Le premier, je lui ai commandé 500 pots de confitures et l’autre, qui est viticulteur, une cinquantaine de bouteilles de rouge. J’ai été obligé de signer les devis et les bons de livraison. C’étaient des coriaces. La secrétaire du viticulteur m’a dit : « Si vous ne signez pas le devis, je ne vous livre pas. » Et quand je lui ai sorti ma vieille feinte, celle d’aller voir ailleurs, elle m’a répondu poliment : « Monsieur, vous êtes libre de faire ce qu’il vous plaît, mais pour ma part, je reste sur mes positions : pas de devis signé, pas de livraison ! » J’ai eu le même son de cloche du côté des pots de confiture.

Et vous avez donc signé les devis ?

Bah oui ! Faut bien remplir les rayons !

Et vous les avez payés ?

Je n’ai payé que le viticulteur, pas l’autre.

Pourquoi ?

Parce que l’un avait des couilles, pas l’autre.

C’est-à-dire ?

C’est très simple : quand ils ont vu que je ne les payais pas, les deux sociétés m’ont envoyé des courriers de relance.

Au bout de deux lettres simples, j’ai reçu de leur part, à peu prés en même temps, des courriers de mise en demeure en recommandé.

L’un comme l’autre me menaçaient de lancer une procédure judiciaire à mon encontre si je ne payais pas dans les 15 jours.

Qu’avez-vous fait ?

Rien, j’ai attendu. J’ai attendu jusqu’à que 30 jours après la dead-line, je reçoive la visite d’un huissier de justice. Putain ! Ces enfoirés ont tenu leur promesse ! (rires). Le viticulteur avait déposé une injonction de payer. J’étais coincé, car il avait toutes les billes pour me faire condamner : le devis signé, le courrier recommandé… Bref, j’étais mort, j’ai préféré payer. Parfois, il faut admettre la défaite. C’est le jeu.

injonction de payer recouvrement de créances

Et l’agriculteur ?

Que dalle ! Je ne lui ai jamais payé ses pots de confiture.

Pourquoi ?

Bah, parce qu’il n’a jamais rien fait. Il n’a pas mis ses menaces à exécution. Il s’est dégonflé, enfin, j’imagine. Ou alors, il a oublié, ce qui est encore pire.

Je vois que les mauvais payeurs ont encore de beaux jours devant eux !

Exactement ! Et ce n’est pas nous qu’il faut blâmer, mais VOUS, les fournisseurs.

Quels conseils donneriez-vous à une entreprise qui a dû mal à se faire payer par ses clients ?

Soyez malin, rigoureux et surtout :

Apprenez les bonnes pratiques du recouvrement de créances ou vous vous ferez bouffer par des gars comme moi.

Merci pour cette interview.

De rien, mon ami !

Chers Lecteurs entrepreneurs, maintenant que vous savez que les mauvais payeurs sont des gens intelligents, tenaces, organisés et sans scrupules, il ne vous reste plus qu’une chose à faire :

Vous inscrire à ma liste de contacts privés pour recevoir les conseils et les astuces qui vous feront aimer le recouvrement de créances, et surtout, qui vous permettront d’éviter de vous faire arnaquer !

C’est par ici que ça se passe !

À moins que vous ne préfériez travailler pour la gloire ? C’est vous qui voyez….

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